Iphigénie, une des victimes de la faiblesse des dieux et de la perfidie des hommes.

Le premier témoignage littéraire concernant Iphigénie apparaît dans les Chants Cypriens (vers VIIe siècle avant J.-C.). Ils retracent la geste troyenne depuis la querelle des trois déesses jusqu’au débarquement des Achéens en Troade. Son sacrifice est également décrit par Apollodore, Eschyle et Euripide.

A.F. Girard d'après Gérard, "Jeune grecque", manière de crayon, XIXe siècle © Musée Paul-Dupuy

Iphigénie est la fille préférée d’Agamemnon, roi de Mycènes et d’Argos, et de Clytemnestre, fille de Tyndare, roi de Sparte, et de sa femme Léda.
Agamemnon est élu chef de la coalition grecque rassemblée à Aulis pour reprendre Hélène, femme de Ménélas, roi de Sparte, enlevée par Pâris, fils  du roi de Troie, Priam.
Lors d’une chasse, Agamemnon tua une biche, animal préféré d’Artémis, se vantant même d’être meilleur chasseur que la déesse. Outragée, Artémis retint les vents empêchant ainsi la flotte grecque de faire voile vers Troie.

Consulté, le devin Calchas révéla que la déesse Artémis exigeait, pour être apaisée, qu’Agamemnon lui sacrifie une fille du sang d’Hélène et nomme Iphigénie. Pour faire venir, sans méfiance, Clytemnestre et Iphigénie, et sur les conseils d’Ulysse et de Ménélas, Agamemnon prétexta d’un mariage entre sa fille et Achille, roi des Myrmidons.

Iphigénie, acte premier, scène première

Et quel devins-je Arcas
quand j’entendis ces mots prononcés par Calchas :

« Vous armez contre Troie une puissance vaine,
si dans un sacrifice auguste et solennel
Une fille du sang d’Hélène
De Diane en ces lieux n’ensenglante l’autel.
Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,
Sacrifiez Iphigénie »

Gérard Edelinck, Portrait de Jean Racine, eau-forte et burin

L’Iphigénie de Racine accepte son sort comprenant qu’elle ne peut rien contre la volonté des Dieux et des hommes.

Iphigénie, Acte V, scène 3

À sa mère Clytemnestre qui espère encore pouvoir la soustraire à son funeste sort :

Ah ! Madame.
Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour
Le malheureux objet d’une si tendre amour ?
Mais que pouvez-vous faire en l’état où nous sommes ?
Vous avez à combattre et les Dieux et les hommes.
Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous ? […]

Calchas (droite) conduisant Iphigénie au sacrifice, fresque sur plâtre de Pompéi, après 62, Musée archéologique national de Naples

Son sacrifice est décrit de manière très violente dans Agamemnon d’Eschyle.
Euripide dans Iphigénie en Aulide, en a atténué l’horreur, en faisant d’Iphigénie la victime consentante pour sauver l’honneur de sa patrie et en faisant intervenir Artémis pour la sauver. Iphigénie allait périr sous le couteau du sacrificateur, quand Artémis, décida de lui substituer une biche, l’enleva dans une nuée, et la transporta à Tauride.
Racine choisit également de la sauver en lui substituant un personnage qu’il inventa : une autre fille du sang d’Hélène, Ériphile faite prisonnière par Achille. Ce choix fit polémique chez les critiques dès 1675, quelques mois seulement après la première d’Iphigénie. (voir Bibl. : F. Jaouën, 1996)