Héra (Junon)

Montre bassine émaillée de Joh. Jacob Müller, Strasbourg, vers 1660 © M. Hayard / Musée Paul-DupuyFille de Chronos et de Rhéa, Héra est à la fois la sœur et l’épouse de Zeus avec qui elle règne sur l’Olympe.

Protectrice des épouses et des accouchements. Elle est surtout victime des infidélités de Jupiter et se montre jalouse et vindicative.

Elle joue un rôle important dans la guerre de Troie et dans l’Énéide. Lors du Jugement de Pâris, elle est la rivale d’Aphrodite et d’Athéna. N’étant pas choisie par Pâris, elle soutiendra les Grecs contre les Troyens. Elle persécutera Énée lors de sa fuite après la chute de Troye.

Héra et Zeus

D'après Raymond Lafage, Junon et Eole (Énéide), 2e moitié du XVIIe siècle © Musée Paul-DupuySur les conseils de son fils Héphaïstos au début de l’Iliade (Iliade, I, 568-607), Héra va séduire Zeus pour donner l’avantage aux Grecs appelés aussi Achéens ou Argiens :

Iliade XIV, 153-351

« Héré au trône d’or brusquement l’aperçoit des hauteurs de l’Olympe où elle s’est postée sur une cime. Aussitôt elle reconnaît son frère [Zeus] et beau-frère [Poséïdon dit « Ebranleur du sol »], qui se démène à travers la bataille où l’homme acquiert la gloire, et elle en a la joie au coeur.

Mais elle voit Zeus aussi […] et Zeus effraie son cœur.

La puissante Héré aux grands yeux hésite : comment tromper l’esprit de Zeus qui tient l’égide ? À la fin, ce parti lui paraît le meilleur en son âme : se rendre du l’Ida, après s’être parée. Zeus éprouvera peut-être le désir de dormir amoureusement étendu contre son corps, et sur lui alors elle répandra un sommeil tiède et bienfaisant, qui couvrira ses yeux et son âme prudente. […] Enfin, quand elle a ainsi autour de son corps disposé toute sa parure, elle sort de sa chambre, elle appelle Aphrodite à l’écart des dieux et elle lui dit :[…]

– Donne-moi l’amour et le désir à l’aide desquels tu domptes les dieux immortels et les hommes mortels.

Carlo Cesio d'après Annibale Carracci, Junon et Jupiter, Rome, 1657 © Musée Paul-DupuyEt Aphroditè qui aime les sourires lui répondit :
– Il n’est point permis de te rien refuser, à toi qui couches dans les bras du grand Zeus.
Elle parla ainsi, et elle détacha de son sein la ceinture aux couleurs variées où résident toutes les voluptés, et l’amour, et le désir, et l’entretien amoureux, et l’éloquence persuasive qui trouble l’esprit des sages. Et elle mit cette ceinture entre les mains de Hèrè […] Elle parla ainsi, et la vénérable Hèrè aux yeux de boeuf rit, et, en riant, elle mit la ceinture sur son sein.[…] L’assembleur des nuées, Zeus, l’aperçoit, et à peine l’a-t-il aperçue que l’amour enveloppe son âme prudente, un amour tout pareil à celui du temps où, entrés dans le même lit, ils s’étaient unis d’amour, à l’insu de leurs parents.  […]  »

C’est ainsi que, tranquille, le Père des dieux dort au sommet du Gargare, dompté par le sommeil ainsi que par l’amour, son épouse entre les bras.

Lors le doux Sommeil se met à courir vers les nefs achéennes, pour porter la nouvelle au Maître de la terre, à l’ébranleur du sol. Il s’apporche et lui dit ces mots ailés : « Maintenant Poséidon, prête franchement ton aide aux Danaens; donne-leur la gloire, ne fut-ce qu’un instant, tandis que Zeus sommeille encore. Je l’ai enveloppé d’une douce tropeur, et Héré, pour le jouer, lui a fait goûter l’amour dans ses bras. »

Iliade, XIV, 418-455

« Avec une ardeur nouvelle, ils fondent sur les Troyens et ne songent plus qu’au combat. »

Iliade, Chant XV

« Lorsqu’ils ont franchi, en pleine déroute, la palissade et le fossé, et qu’ils sont tombés par centaines sous les coups des Danaens, ils s’arrêtent près des chars et demeurent là blêmes d’effroi et saisis de panique. À ce moment, sur les cimes de l’Ida, Zeus s’éveille aux côtés d’Héré au trône d’or. d’un bond, il est sur pied. Il voit Troyens et Achéens, les uns ébranlés, les autres les bousculant par derrière. Ce sont les Argiens, et au milieu d’eux sire Poseidon ! […]

Terrible, sur Héré il lève un œil sombre (…) »